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Le «King» : un roi incontesté

Lorsqu’on parle de Mikaël Kingsbury, on n’a d’autres choix que de lui lancer des éloges et d’être stupéfié par la liste de ses accomplissements qui ne cesse de s’allonger d’une saison à l’autre. On pourrait même se demander, sans complexe, si Julie et Robert (les parents de Mikaël) n’ont pas déjà pensé ériger un deuxième foyer afin de porter les nombreux trophées qui doivent, à l’instant où j’écris ces lignes, s’entasser les uns sur les autres. Ajoutez un peu de poussière à l’équation et on a un problème qui leur causera inévitablement, pour encore quelques années, de sérieux maux de tête!

Dans le monde du ski acrobatique, il n’y a pas et n’y aura jamais un jeune prodige comme Kingsbury. Plusieurs grands athlètes ont pavé le chemin devant lui, bâtissant, petit à petit, l’héritage du ski acrobatique comme on le connait aujourd’hui, et on ne peut passer sous silence l’impact grandiose que les Laroche, Brassard ou Bilodeau de ce monde ont eu sur des jeunes comme moi-même et Mikaël à l’époque où nous étions encore gamin. Mais, aujourd’hui, Mikaël redéfinit à lui seul les nouvelles frontières du ski de bosses. Simultanément, il est l’image du sport d’aujourd’hui et de demain, tout en jonglant merveilleusement bien entre les limites du possible et de l’impossible.  

S’il semble bien humain dans une paire de jeans et de running, on pourrait facilement remettre en question la nature de cette définition lorsqu’il chausse ses bottes rigides et qu’il prolonge ses 175 centimètres d’une paire de ski. C’est avec ce costume distinctif, super-héros «style»,  qu’il est prêt à conquérir le monde et foudroyer des générations entières de records. Parlez-en à des légendes du «freestyle» comme Edgar Grospiron, Hannah Kearney ou Donna Weinbrecht qui ont vu leurs records éclipsés au cours des dernières années. Et, le «King», insatiable, n’est pas prêt de s’arrêter là!

Notre camaraderie a réellement pris son envol lorsqu’en mai 2009 il m’a rejoint dans les rangs de l’équipe canadienne. Cette même année, mon nom commençait à raisonner sur la scène internationale, où je venais de décrocher le titre de recrue de l’année, un titre que Mikaël allait lui aussi s’approprier en 2010. Auparavant, nous avions respectivement tout remporté sur notre passage, sans toutefois avoir à rivaliser régulièrement l’un contre l’autre, étant donné les 3 années qui nous séparent. Chose qui allait changer dans les nombreuses années subséquentes.

Je me rappelle encore trop bien de Mikaël lors de son premier été à Whistler. Je partageais un appartement dans le quartier de Brio avec quelques-uns de nos coéquipiers et ce jeune ado de 17 ans que j’apprenais rapidement à apprivoiser. Soir après soir, comme le veut la tradition, chacun prenait son tour dans la cuisine offrant une pause bien mérité à ses partenaires d’entraînement. Mikaël, inexpérimenté dans ce nouveau rôle de cuistot, allait nous surprendre avec un souper historique marqué par des éclats de rire douloureux entre deux bouchés de ce «fameux» burger de poulet, qu’on visualise plus facilement comme une croquette de poulet panné entre deux tranches de pain. Si son talent sur ses planches était, déjà à cette époque, incontestable, on ne pouvait pas en dire autant lorsqu’il mettait les pieds dans la cuisine. Heureusement, pour le bien-être de tous, il parviendra à concocter une recette de spaghetti qu’il améliora progressivement au cours des années suivantes, au point où elle deviendra sa marque de commerce et qu’on en fera l’éloge à quelques reprises.

Avec les Jeux olympiques qui débarquaient à Vancouver en 2010, Mikaël et moi avions l’opportunité d’ouvrir la piste avec nos coéquipiers Cédric Rochon et Eddie Hicks dans ce qui était reconnu comme étant le plus grand évènement amateur au monde. Une chance unique et une expérience qui nous servirait, à tous les niveaux, pour les années à venir. À cette époque, nous restions à North Vancouver avec des familles d’accueil et prenions la route de Cypress Mountain, site des compétitions de bosses, à tous les matins dès le début des Jeux. La fébrilité était palpable et nous étions au premier rang pour vivre ces grandes émotions et le bouillonnement entourant cet évènement d’ampleur gigantesque. Nos représentants canadiens, soit Alex Bilodeau, Vincent Marquis, PA Rousseau et Maxime Gingras, déjà nos mentors, allaient livrer, chacun à leur manière, des performances qui stimuleraient notre imaginaire en avivant nos propres rêves olympiques. Et, pour la première fois, Mikaël allait, en exécutant les deux sauts les plus difficiles que le sport avait pu apprécier à ce jour, faire tourner de nombreuses têtes avec sa descente d’ouverture. Son nom commença ainsi, petit à petit, à résonner sur la scène internationale à l’image d’une tempête qu’on anticipe. Conscient de son parcours antérieur et de ce que j’avais même pu observer sur le terrain, mes présomptions se confirmaient.

Pour les années à venir, Mikaël Kingsbury serait bel et bien «un petit tannant» (amicalement, bien sûre)!

On parle, ici, d’un garçon avec une passion démesurée. Un jeune homme avec une volonté exorbitante qui, malgré mon statut d’athlète, dépasse mon imaginaire. Bien que Mikaël soit une personne réservée, ayant tendance à être centré sur lui-même, le sport lui a permis de s’épanouir comme un athlète charismatique, hautement respecté par ses pairs. La personne est devenue l’athlète et l’athlète s’est transposé dans la personne. L’ère du cuistot maladroit a laissé place à un athlète mature avec une éthique de travail sans bavure qui se meure d’envie de surpasser ses exploits de la veille. Pour le King des bosses, hier n’est qu’un simple souvenir, un apprentissage afin d’exploiter le moment présent à son plein potentiel. Son talent inégalé est une gifle au visage de ses adversaires, et son mental inébranlable lui permet de traverser les plus grandes périodes de stress comme une brise au visage. L’athlète Mikaël veut redéfinir les règles du jeu et laisser sa marque aux quatre coins du globe et entre-temps, pas question d’attendre les retardataires. Il est le propre roi de son échiquier, protégé et conseillé par un large entourage, une armée de stratégistes dévoués dans une cause commune, celle d’être indétrônable.

La force d’un individu réside généralement dans la proximité avec laquelle il aborde les éléments de son immédiat. L’individu qui a un grand talent, un environnement adéquat, une famille et des amis présents, par exemple, sera en bien meilleure position afin de maximiser son potentiel athlétique parce que les éléments de son immédiat font présage de réussite. Néanmoins, ils ne sont pas gage de succès ni garant d’une fin heureuse si on ne cultive pas un lien de proximité et une symbiose harmonieuse avec ceux-ci.

En 2015, en Autriche, Mikaël partageait respectivement son trône avec moi et Marc-Antoine Gagnon lors des championnats du monde dans l’épreuve des bosses en duel. Jamais une nation n’avait, auparavant, balayé les trois plus hautes marches du podium à un événement de cette ampleur. L’histoire venait de s’écrire, et nos noms se gravaient à tout jamais dans l’histoire du ski acrobatique. L’hystérie du moment avait fait en sorte que l’ordre final et, par le fait même, notre position sur le podium n’avait pas d’importance. Nous nous jubilions de l’exploit lui-même, de son improbabilité, mais surtout de son unicité. Trois individus de grand talent, qui venait de maîtriser minutieusement leur environnement, ensemble en équipe comme trois frères. Pour Mikaël, comme pour nous tous, il ne s’agissait pas d’une victoire individuelle, mais d’un travail collectif qui allait être célébré dans un typique «bed & breakfast» autrichien, sous un flow de boissons et de Schnitzels.


Au fil des dernières années, des moments comme celui-là, je pourrais en raconter des dizaines. L’esprit d’équipe qui s’est développé au sein de cette équipe canadienne nous a permis d’atteindre des niveaux d’excellence inimaginable où chaque individu, à sa manière, est parvenu à y graver une partie de son code génétique et influencer le chemin des uns et des autres. Sans Mikaël, l’équipe perd ses lettres de noblesse. Nous perdons notre dose quotidienne d’expresso, cette alarme qui sonne devant nos yeux, nous réveille et nous pousse à surpasser nos propres standards. Et, pourtant, sans l’équipe, Mikaël ne serait pas l’ombre de lui-même. Il perdrait la fraternité dont il a tant besoin pour être à son meilleur, mais aussi ce besoin de se comparer avec ses pairs. Il existe une sorte de mutualisme qui favorise une interaction biologique dans laquelle les deux parties trouvent un avantage mutuel. Chose certaine, l’homme qui a tout gagné reste humble dans ses accomplissements. Aucun doute qu’il affectionne la gloire et vénère les contrecoups qui s’en suivent. Qui ne le ferait pas? Mais, jamais ces supercheries primeront sur l’amour et l’admiration qu’il a pour sa famille, ses coéquipiers et son équipe.

C’est un privilège de côtoyer l’excellence, surtout lorsque celle-ci garde ses deux pieds sur Terre.  Et, qu’il soit champion olympique ou «The GOAT» comme certains s’amusent à le surnommer, le Mikaël qui se lève le matin est toujours le même Mikaël qui se couche le soir. Pour moi, l’homme qu’il est devenu surpasse tous les exploits qu’il a accompli dans son costume de ski et tous ces trophées qui ne représentent que des artéfacts de son passé. Je ne me souviendrai pas des succès de l’athlète, mais bien de l’athlète qui est devenu une personne extraordinairement accomplie. Les succès d’une grande équipe menée par l’homme au maillot jaune.

Et, un jour, comme tous ces grands qui l’ont précédé et ceux qui le suivront, il sera détrôné. Mais, il restera, à tout jamais, l’un des rois incontestés du ski acrobatique, à une époque où il faisait franchement bon vivre.

Philippe Marquis

2018-03-15


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